LA REVUE SPECIMEN
PRESENTATION DU NUMERO 9 (Automne 2016) :
"Faire désordre" et foyer "Quentin Lefranc".


Dialogue entre Thomas Brückert et Hugo Dallacosta, membres du comité de rédaction
et Paul Ruellan, Livraisons - Des revues en Rhône-Alpes.


Jeudi 20 octobre 2016 à 19 heures
Librairie Le Bal des ardents 17 rue Neuve 69001 LYON



La revue Specimen a été créée en 2011 à l’École normale supérieure de Lyon. La première série, au rythme bimestriel frénétique (six numéros en un an), laisse place en 2013 à une seconde mouture plus étoffée, divisée en deux temps : une première partie thématique, et une seconde avec un artiste mis à l'honneur dans un foyer. En octobre 2016, Specimen annonce l'arrêt de sa publication après l’ultime numéro, le neuvième, qui paraît le mois même.

Articulée autour d'échanges intellectuels, Specimen fut surtout l'image du groupe, du collectif qui s'exprimait par elle, s’essayant à déjouer l’esprit de sérieux qui pouvait la guetter, invitant à l'appropriation des grandes œuvres, des maîtres, des enjeux esthétiques contemporains. Elle explorait les champs des arts visuels, de l'écriture contemporaine et du théâtre, n’installant aucune barrière entre eux et cependant sans effort outre pour en forcer les alliances. On y trouve des études fouillées sur la peinture, la philosophie ou les arts de la scène, mais aussi des textes de création, prose ou poésie. Rien ne l'exprime mieux que son simple sous-titre : « revue d'art et d'essai ».

Que retenir de cette aventure éditoriale qui dura cinq ans et regroupa de jeunes penseurs et artistes autour d'une revue ? Dans l'idée de revenir sur le cycle constitué par Specimen, Livraisons-Des revues en Rhône-Alpes se propose de dresser un panorama des neuf numéros parus, dans un dialogue avec deux protagonistes de la revue, Thomas Brückert et Hugo Dallacosta. Quelques lectures courtes ponctueront la rencontre.

 

EN SAVOIR PLUS SUR LA REVUE

LA LIBRAIRIE LE BAL DES ARDENTS

 

Entrée libre
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Le Petit Guide pratique de la revue rassemble des informations utiles aux créateurs de revues comme aux libraires et aux bibliothécaires afin de contribuer au rayonnement de ces publications créatives et multiformes, lieux d’expérimentation et de réflexion.

Il a été conçu dans le prolongement de la 2e édition du Festival de la revue, qui s'est déroulée à Lyon du 12 au 15 mai 2016, et plus précisément dans celle de la table-ronde du 12 mai intitulée Quelle(s) diffusion(s) pour les revues ? Quelle présence en librairie et en bibliothèque ?

Des questions auxquelles ce Petit Guide pratique de la revue se propose d’apporter quelques réponses et éclaircissements, en précisant notamment les bonnes pratiques. En espérant contribuer modestement au développement et à la bonne santé de ces précieuses publications, coopératives éphémères ou durables d’expérimentation et d’enthousiasme.

Il est édité par l’Arald en partenariat avec Livraisons. Des revues en Rhône-Alpes, et en collaboration avec l’Enssib et Libraires en Rhône-Alpes.

 

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Le jeudi 2 juin dernier, la Maison des Passages, à Lyon, accueillait le lancement du numéro 1 de la revue Rumeurs. Comme l'a dit Thierry Renard, son rédacteur en chef, « une revue papier qui s'intéresse à la poésie, c'est doublement un événement ». Le propos de départ, comme l'a souligné Dominique Iacovella, des éditions La Rumeur libre, qui publie la revue, est « d'accueillir des textes reflétant une actualité de l'écriture ». Roger Dextre, qui appartient à l'équipe de rédaction et a apporté à la revue des textes venus d'ateliers d'écriture, a recommandé d'« apprendre à lire des textes dont les auteurs ne songent pas à être édités », des textes « surgis dans des lieux improbables, qui affectent autant du côté de l'écriture que de la lecture ».

 

Élaborer une telle revue a été une entreprise de longue haleine : les éditions en avaient déjà le projet il y a quatre ans. Andrea et Dominique Iacovella ont cherché une équipe rompue à ce type de pratique éditoriale, ils l'ont trouvée, elle est plurielle, ouverte tant sur la France que sur l'étranger. Et Rumeurs (qui sera semestrielle, et compte pour cette première livraison 336 pages) place son exigence de qualité sur la plus haute branche de l'arbre le plus haut. C'est eux qui l'écrivent, et on ne peut que leur donner raison : les arbres abattus pour faire cette revue papier ne l'auront pas été en vain.

 

Pour cette soirée de lancement, les Bostoniens Jennifer Barber et David Ferry, invités et traduits grâce au poète Emmanuel Merle, n'ont pas dû se sentir trop dépaysés : le public nombreux, la ferveur de l'écoute ont dû leur rappeler l'ambiance de tels événements quand ils se déroulent sur la côte Est. Tous les deux sont des poètes confirmés, édités, mais une égale attention a salué les textes des Françaises Carole Bijou et Laura Tirandaz, avec son remarquable Azizam, pour qui la revue Rumeurs est une pépinière et un tremplin.

 

Catherine Goffaux


Numéro 1 / Juin 2016 / 336 pages / 21 euros

www.larumeurlibre.fr/revue_rumeurs / Abonnement : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. 

 

 

 

 

 

 

La librairie Le Bal des ardents et l'association "Livraisons. Des revues en Rhône-Alpes" vous invitent à une rencontre
avec La Moitié du fourbi - littérature et appels d'air -

Jeudi 16 juin 2016 à 19 heures
Le Bal des ardents 17 rue Neuve 69001 Lyon

Rencontre avec Frédéric Fiolof, directeur de la revue

 

 

 

 



Article d'Alain Paire

Jeudi 12 mai, au musée des Beaux-Arts de Lyon, l’auditorium Henri Focillon était aux trois-quart plein, le public était remarquablement attentif : aucune solennité, de l’humour, des précisions et de la distance, une tentative d’éclaircissement, Jean-Christophe Bailly a finement joué son rôle, conformément au souhait de Gwilherm Perthuis qui voulait qu’en compagnie de Jean-Baptiste Para soit évoquée au fil du temps sa relation avec le médium de la revue. Les questions posées à propos de l’histoire de deux revues « juvéniles » que J.-C. Bailly inventa et dirigea, Fin de siècle, et Alea permirent d’appréhender un processus et des finalités qu’on retrouve immanquablement dans la plupart de ses explorations d’écrivain et de critique d’art.

Une revue c’est entre autres facteurs constitutifs, « un moment épocal », des secousses certaines fois brusques,  des solidarités et des impatiences qui peuvent brutalement muer, une cristallisation. Fin de siècle fut créée en 1975 ; elle fut pour partie tributaire de la conjoncture des années qui suivaient mai 1968. Un climat bien particulier fut vécu dans toute son intensité : Bailly était étudiant à Nanterre, il s’engagea pleinement dans la militance. 1968,  quand on scrute les échelles du temps, c’est déjà  loin, il faut aujourd’hui compter 48 ans : simultanément, on dénombre les 23 années qui suivirent la fin de la Seconde Guerre mondiale. 

     


Jean-Christophe Bailly se situait au cœur d’une mouvance qui n’éprouvait pas  d’accord profond par rapport à « l’avant-garde » de cette époque. Il pouvait admirer ce que L’Ephémère de Bonnefoy, Dupin, Du Bouchet, Des Forêts et Celan entreprirent pendant quatre années, il lisait ce qui pouvait surgir à partir de Tel Quel : en ce temps-là, il préférait fréquenter des écrivains proches de la dernière génération surréaliste comme Alain Jouffroy et Serge Sautreau. Du  côté de la peinture, le mouvement Support-Surface et Claude Viallat ne le fascinaient pas, il aimait davantage des artistes de la Nouvelle Figuration comme Jacques Monory qu’il connaissait par lien familial. En compagnie de son ami le traducteur-écrivain Henri-Alexis Baastch, ses affinités les plus fortes l’orientaient  de l’autre côté du Rhin, dans le sillage de l’Absolu littéraire de Novalis et de Georg Büchner : à Strasbourg, il nouait alliance avec  d’autres amis, des  philosophes un peu plus âgés que lui, Jean-Luc Nancy et Philippe Lacoue-Labarthe.

1975, c’est aussi, comme le fit remarquer Jean-Baptiste Para, l’année de la mort de Pasolini : le franquisme s’achève, la guerre du Vietnam connaît ses ultimes soubresauts, des dictatures sévissent en Amérique Latine, les errements de la bande à Baader suscitent une lourde répression. Une grande impatience, le désir d’en finir avec un siècle dont les tragédies sont épouvantablement funestes, pouvaient habiter les esprits. Jean-Christophe Bailly est avec ses proches amis un jeune homme à cheveux longs qui peut effrayer les éditeurs. Les coordonnées  de sa revue, c’est son adresse personnelle, le 43 rue du Moulin-Vert. Il n’y a pas de maison d’édition pours soutenir son périodique, même si Christian Bourgois accepte d’assurer la diffusion. Pour financer la fabrication, il a par bonheur recours à  l’amitié d’artistes : entre autres le sculpteur, cinéaste et poète Daniel Pommereulle qu’il fréquenta longtemps, jusqu’à son décés en 2003  ainsi qu’Erro qui lui confie pour le n° 3 de sa revue cinq tirages de tête dont les connotations ne sont pas du tout « commerciales » : en l’occurence, l’apparition sans concession de gueules cassées, plus violentes et plus insoutenables qu’à Verdun, des cadavres de la guerre du Viêt-Nam dont les USA se prétendent « very proud ». Ces cinq tirages de luxe, un magnifique personnage,  le galeriste genevois Claude Givaudan, évoqué dans un livre mémorieux de Bailly, Tuiles détachées (Mercure de France, 2004) en fit généreusement l’achat.


Fin de siècle
 connut quatre numéros, la quatrième livraison fut placée sous la responsabilité d’Alain Jouffroy. Après quoi, l’aventure tourna court, quelque chose de pas vraiment collectif s’était défait du côté des écrivains qui publiaient dans la revue, des auteurs comme André Velter ou Yves Buin s’en allaient vers d’autres directions. Alea dura davantage, ouvrit un autre cycle : neuf numéros, un peu plus de confort du côté des finances puisque Christian Bourgois assumait les frais, de nouveau une certaine lenteur, pas plus d’un cahier par an. Pas de comité de rédaction : Bailly ne cache pas qu’il n’est pas un homme de réunion, les amitiés qu’il noue ne l’empêchent pas de travailler en solitaire.

Alea, c’est le début des années 1980. L’angoisse n’est pas forcément dominante en dépit des inquiétudes qui ne connaissent pas de relâche, cette fois-ci les spécificités les plus personnelles l’emportent par rapport au climat de l’époque. Jean-Christophe Bailly approfondit dans ses écrits l’ultime héritage du Romantisme Allemand, la façon qu’il a de se mouvoir par rapport au grand soir des Lumières d’autrefois : ce qu’il conserve en ligne de mire, ce n’est pas le refus de la Raison, c’est plus souplement la remémoration de la fabuleuse tentative de l’Encyclopédie, un mode d’écoute et de circulation parmi toutes les branches de la connaissance et de la philosophie. à partir de citations de ses livres ou de ses entretiens, il faudrait ici prendre du temps pour décrire plus précisément sa démarche qui implique le refus des spécialisations, la façon qu’il a de scruter des registres multiples du savoir et de la perception,  son acceptation des ricochets de l’existence,  son souci de « dissémination » : ne pas quitter le grain d’une réalité qui peut être la plus simple ou la plus complexe – une sauterelle, une montre, une bouteille, un nuage ou bien encore un visage – refuser souplement la religion du Livre, maintenir vif un désir d’utopie, ouvrir des fenêtres inattendues, déclencher de nouvelles associations. Jean-Christophe Bailly aime répéter que « Connecter infiniment » n’est pas un mot d’ordre postmoderne : c’est une expression d’Hölderlin.

Alea, n’était pas uniquement une orientation globale :  une revue, ce sont bien évidemment des choix permanents, des contributions d’écrivains et de plasticiens dont il faut susciter  l’agrégation provisoire, des rebonds, des fidèles et des transfuges. Parmi les sommaires on rencontre des proches amis de Bailly comme Gilles Aillaud, H-A Baastch, Michel Deutsch, Jacques Monory et Gilbert Vaudey, des écrivains comme Laure Adler, Olivier Rolin et Alain Veinstein, des traductions de Walter Benjamin, Paul Celan, Leopardi, Ossip Mandelstam et Meret Oppenheim, des plasticiens comme Jean-Pierre Bertrand, Jean-Luc Parant, des philosophes comme Philippe Lacoue-Labarthe, Jean-Luc Nancy et Jean-François Lyotard.

Ces sommaires de grande qualité n’auront pas empêché que la lassitude l’emporte. D’autres guerres se profilaient , ce qu’on appellerait aujourd’hui « le macronisme » s’introduisait, « des experts » voulaient mener le monde : les éditions de Christian Bourgois furent englobées dans les mailles d’un groupe beaucoup plus redoutable, « Les Presses de la Cité ». Bailly se souvient que lors d’une convocation pas du tout anodine, il lui fut demandé de résumer l’argument d’un numéro, « en une seule phrase ». Il lui arriva de craindre les déficits que pouvait engendrer sa revue ou bien d’avoir le sentiment qu’au final, il s’agissait « de faire couler un petit ruisseau dans la montagne », « loin des grandes vallées », rien de plus. 

Il fallut renoncer quand survint le neuvième numéro, faire rentrer dans le couloir de son appartement des piles d’invendus, et puis tout de même, contacter quelques mois plus tard le Seuil pour fonder une nouvelle revue qui se serait appelée «PROSE »/« Revue de littérature générale », créer un comité de rédaction où figuraient Pierre Alferi, Henri-Alexis Baatsch, Gilbert Vaudey et Alain Veinstein. Et puis de nouveau devoir renoncer parce que le Seuil crut nécessaire de créer en parallèle à son comité un très sournois « conseil scientifique » qui aurait exercé sa surveillance contre cette nouvelle publication.

Aujourd’hui, Jean-Christophe Bailly répond en guise de boutade que si on lui proposait de fonder un périodique dont il serait pleinement maître, il refuserait de retrouver « l’angoisse du gardien de but de la revue »… La dernière revue qu’il aura conduite relève de son dernier métier qu’il a quitté en septembre 2015, celui de professeur à l’école de Blois du Paysage. D’autres livres qu’il veut achever, de nouvelles temporalités attendent sa disponibilité.

§ Alain Paire