par Catherine Goffaux

 

 

La revue L'Allume-feu est arrivée par la poste. Pas de triche jusque-là, bien que « La triche » soit le thème de ce numéro 2 sorti en février de cette année. « Il n'y a pas de règles en littérature », dit l'éditorial écrit à plusieurs mains. De qui, ces mains ?

Quand sur la toile, on appelle l'un des premiers noms, celui de Léantin Moras-Bavette, rien ne sort, n'écrirait-il que dans L'Allume-feu ? Attention, il revendique dans le texte d'ouverture l'usage de plusieurs pseudonymes. Passons au suivant, Matthieu Rabaud : quand on le recherche sur la toile, arrive un directeur de Pizza Hut, et si l'on affine en recherchant « Matthieu Rabaud, écrivain », il en existe bien un, qui, selon le « Plus d'images », aimerait Stefan Zweig et Roland Barthes par Roland Barthes. Si l'on poursuit avec « Matthieu Rabaud, poète », revoici Stefan Zweig mais Barthes a disparu, et apparaît la couverture de la revue Poésie 1. Son texte ne lève pas le possible « voile de l'imposture ». Gaëlle Vatimbella, elle, existe bien puisqu'elle a participé à une lecture aux Nouveautés, une librairie parisienne de la rue du Faubourg-du-Temple. Y a-t-elle lu « Virgile ou la disparition », le texte qu'elle a donné à ce numéro ? Rémi Baille, le directeur de la publication selon l'ours, celui-là doit exister pour de vrai : il fallait bien que quelqu'un déclare la revue, se procure un Issn et aille chez l'imprimeur. L'un de ses textes est le récit d'une supercherie. Apparemment, il serait étudiant, secrétaire en 2017 du jury du Prix du roman écologique où siège aussi Alexis Jenni. Le site de la revue Esprit indique que sa biographie n'est pas encore disponible !  Prenez garde romanciers écologistes, avec lui, les « demi-mots ne valent rien ».

 

 

 

 

À la page 17, je renonce à rechercher sur internet Iman Ahmed, car comme lui, 

« je souhaite :
Moins de barres de recherche
Plus d'horizons de trouvailles »

Tous sont donc jeunes et commencent à publier dans la revue qu'ils ont créée en juin 2018, sans être toutefois dans la situation de Martin Eden, très ennuyé de ne connaître aucun éditeur, aucun écrivain, personne qui ait jamais essayé d'écrire et soit capable de lui indiquer la voie à suivre... puisqu'ils disposent de parrains officieux, Jacques Jouet, fidèle depuis le numéro 1 – intitulé « Le feu » – et Alexis Jenni, et puisque, dès le numéro zéro – intitulé « L'insolence » – ils comptaient Gérard Mordillat parmi les contributeurs.

Jacques Jouet en donnant deux épisodes de sa République de Mek-Ouyes souhaite discrètement à la revue une vie longue telle un roman feuilleton... d'ailleurs l'anonyme Combattant au feu, dans le Cahier libre qui occupe les dernières pages, et Gaëlle Vatimbella promettent des suites à leur texte.

« Quand vous aurez publié quelques articles, ne tardez pas trop à apporter un livre ; dans le métier des lettres, comme partout ailleurs, il y a l'avancement à l'ancienneté et l'avancement au choix, c'est-à-dire au succès. Vous tenez, comme les autres, à réussir vite. Craignez donc, si vous n'apportez votre livre qu'en 31, qu'on ne dise 'Ce n'est plus un jeune, il a débuté en 29' », conseillait Jean Prévost en 1929 dans son Traité du débutant. Qui parmi ces jeunes gens sera en mesure d'« apporter un livre » en 2021 ? La sobre Agathe Berthier ? La facétieuse Florentine Kehm ?

Ils ont choisi la triche pour thème sans tricher dans la conduite de leur projet. Leur impertinence est tempérée par leur absence de prétention – ainsi Théodore Logeyon s'excuse-t-il presque de ses pensées « délétères » – et par leur bonne humeur, car, comme le dit Maxime Decout interrogé sur les pouvoirs de l'imposture, « Il y a une rassurante et jubilatoire immunité à être embobiné par la littérature ». Et eux ont pris un grand plaisir à nous embobiner avec leurs récits de triche. Tel Arthur Bonny qui a piqué chaque vers de « Poésie » aux grands auteurs du XIXe, et veut « laisser en paix la splendeur des mensonges ».

Les 50 pages de L'Allume-feu ne sont pas reliées, ni même agrafées. Son papier buvardeux estompe les illustrations d'Emma Bertin et de Pierre Dawance, comme les textes parfois trop peu encrés, elles sont bichromes.

Nulle envie d'allumer le feu avec L'Allume-feu.

 

L'abonnement annuel est de 20 euros pour 3 numéros. La revue est également disponible dans quelques librairies bruxelloises, quelques librairies en région, et un grand nombre de librairies parisiennes. Mais il paraît que tous les exemplaires de chaque numéro ont été vendus. Embrasez-vous au moins sur leur site ou joignez-les avec Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. Le prochain numéro, « Coup », paraîtra mi-juin. 

 

Catherine Goffaux