Au-delà même des domaines et des sujets, le rapport à la théorie et le tissu des écritures seront ici très divers. Cette diversité n'est ni une invitation à piocher, comme une carte prévue pour tous les goûts, ni une défense de l'hétérogène par principe. Tout n'y a pas sa place. Mais notre envie est de penser la revue comme un spectacle, et de penser ce spectacle dans une tradition avant-gardiste, comme un collage d'éléments étrangers les uns aux autres dont la juxtaposition est elle-même un texte. Aussi le modèle de cette revue n'est-il ni le colloque qu'un thème unifie, ni l'objet produit par un groupe constitué, mais une composition, que le fil sinueux de notre question parcourt, sans autre armature que la raison d'être de chaque élément et le jeu de leurs échos et correspondances. Pas de rubriquage donc, ni de hiérarchies. Nous y affirmons en somme que l'unité n'est pas une valeur, en particulier en matière de lieu, qu'il s'agisse d'une revue ou d'un État-nation.

    C'est aussi une façon de situer chaque texte comme un document. Walter Benjamin écrivait pour son projet de revue Angelus Novus : "La véritable question d'une revue est de témoigner de l'esprit de son époque." Benjamin désignait par là l'actualité véritable, distincte de la "surface stérile du nouveau". En outre, parler de destination plus que de son projet, a fortiori de contenu, c'est indiquer l'endroit où les textes s'engagent dans leur époque, ce qui les meut ou les dépasse, c'est désigner aussi le lieu du lecteur. Ouvrir une revue n'est donc pas ici mettre face à face des articles et des lecteurs, mais proposer des circulations entre un lieu d'impulsion, la batterie in-sise si l'on peut dire, des objets de toutes formes et matières, et d'autres cœurs et espaces pulsatifs.

 

    Diane Scott, éditorial de Revue Incise n°1 (qu'est-ce qu'un lieu?), septembre 2014.

 

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