L'association « Livraisons. Des revues en Rhône-Alpes » a été fondée en mai 2014 afin de mieux faire connaître et défendre le médium revue auprès d’un large public. L’association a pour objet principal de contribuer au développement, à la diffusion et à la connaissance des revues dans la région Rhône-Alpes ». "

 


 

Documents récents

 

Jean-Christophe Averty et la revue Initiales : entretien avec Claire Moulène, rédactrice en chef.

A l'occasion de la parution du 6e numéro de la revue Initiales consacré à Jean-Christophe Averty, entretien avec Claire Moulène, journaliste aux Inrockuptibles et rédactrice en chef de la revue éditée par l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts.

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ADHESION A L'ASSOCIATION 

"LIVRAISONS - des revues en Rhône-Alpes"

Une association pour défendre, promouvoir, diffuser la vie des revues dans la région Rhône-Alpes. Nous avons besoin de votre soutien pour développer l'ensemble des projets envisagés en 2014/2015 :

- organisation d'une série d'événements sur l'ensemble des départements Rhône-alpins  
- organiser un festival de la revue à Lyon au début de l'été 2015

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« Reconnaissance : N’a pas besoin d’être exprimée. »

 

Flaubert, Dictionnaire des idées reçues.

À A. revuiste

Peu après avoir rencontré Jean-Michel Espitallier, qui m’a offert deux numéros de Java – une revue qu’il a dirigée entre 1989 et 2006 avec Jacques Sivan et Vanina Maestri et que je n’avais jamais tenue en mains tout en connaissant ce nom presque déjà légendaire – j’écris un bref courriel enthousiaste à A. En substance, je lui disais : « c’est fou tout ce que les revues m’auront apporté ! ».  Apports, transports et autres moyens d’évasion rapides pour trajets imprévus.

 

Windy city

Il fait un froid glacial à Chicago au mois de février, alors on va par exemple se réchauffer chez Barnes et Noble sur North State Street, l’un des magasins de la grande chaîne de librairies. Les livres américains hard cover sont généralement d’une couleur comparable aux épais coulis qui dégoulinent au ralenti sur les montagnes de délicieux pancakes qu’on peut commander partout pour moins de cinq dollars, dans des restaurants avec grandes baies vitrées ouvrant sur l’avenue. Bien calé dans une banquette, on se prend alors pour un personnage peint par Edward Hopper.

Parcours distrait dans les rayons repus où s’alignent les novels tout en serrant mon gobelet plein d’un café très allongé, acheté dans le Starbuck installé à demeure. Décrypter tranquillement les titres des romans avec la curiosité désintéressée du touriste qui n’a rien de mieux à faire en buvant son regular coffee, ce n’est certainement pas le summum en matière de traversée d’une forêt de symboles, mais ce petit divertissement produit cependant un indéniable dépaysement. À peu près aucun nom d’auteur ne m’est familier et je ne  lirai sans doute pas un seul de ces épais romans : d’un coup, la littérature devient, au sens plein, étrangère.

Je m’adresse à un employé de la librairie pour lui demander de rechercher le titre d’un ouvrage dont l’auteur, écouté quelques jours plus tôt lors d’une conférence à l’University of Chicago,  m’avait fait forte impression. Tom McDonough, un historien d’art, spécialiste des situs et d’architecture : oui, des références existaient au catalogue, mais aucune chance de trouver l’un de ses livres à  Chicago… troisième plus grande ville des Etats-Unis, celle du prodigieux Institute of Art, du Field Museum et de la Robie House de Frank Lloyd Wright.

And the reviews, please ?

L’employé me désigne les rayonnages du fond de la librairie en m’invitant à regarder plutôt  vers le bas, sur la rangée la plus en retrait… Quelques instants plus tard, je m’accroupissais donc devant un rayon qui n’était ni très abondant, ni insignifiant. Moins de couleurs tapageuses dans ces parages.

Enfin, je dénichai un titre connu : October.

Dans quelle revue j’ai lu ça ?

Quand je me souviens d’un texte paru dans une revue, ce n’est que rarement le nom de l’auteur qui me revient d’abord, mais plutôt le nom de la revue. De là à dire que la revue fabrique de l’écriture anonyme, ce serait toutefois exagéré. Pourtant, sur la couverture, le nom mis en gloire n’est pas souvent celui d’un auteur, ou alors il a disparu de la circulation des vivants.  La revue détient la véritable autorité.

Effacer le nom de l’auteur était déjà la conséquence logique tirée par les premiers Romantiques du cercle d’Iena dans l’Athenaeum en 1798 ou par les contributeurs de la revue Comité en 1968 (Blanchot, Mascolo, etc…).

L’expression que l’on doit à Dionys Mascolo d’un « communisme de pensée » semble naturellement trouver sa forme élective dans la revue, mais conserve-t-elle encore quelque   sens aujourd’hui ? Au fait, l’avant-garde, c’est bien fini, n’est-ce pas ?

À force de crépuscules des idoles, toutes guipures confondues, on se trouve vraiment nu et dans le noir le plus complet avec, à portée de mains, des tombereaux d’héritages possibles. Pour l’écrivain de revue, la simple présence au sommaire d’une livraison est loin d’assurer automatiquement la participation magique à une pensée collective.

Cependant, Mathieu Bénézet (Le Roman des revues) a raison de répéter que le modèle de la revue n’est autre que le livre. Mais de quelle étrange totalité s’agit-il là ?

Les revues d’aujourd’hui, cet aujourd’hui d’après l’avant-garde, continuent à réunir des textes, c’est-à-dire à se risquer dans le sens du commun. Si déjà un véritable texte dissimule sa texture, sa loi (Derrida), alors que dire de ce livre mal taillé, polycéphale, qui fait coexister dans un sommaire de multiples règles du jeu incomparables ?

Et pourtant, ça tient : les lectures, les écritures prolifèrent sans se nier.

Faire une revue : travaux pratiques

 

TITRE (à déterminer collectivement)

Oui ou non un Edito ?

SOMMAIRE (à débattre en bureau : qui fait partie du bureau ?)

Dossier (on fait des dossiers ou pas ?)

-Auteur(e) XX,……

-Auteur(e) XX,……

-Auteur(e) XX,……

-Auteur(e) XX,……

-Auteur(e) XX,……

« Combien de signes par article ? »

Notes de lecture

« Des volontaires ? On va demander des S.P. »

x.x.x.x.x.x.

« Quelqu’un connaît un graphiste ? »

J’oubliais presque : «  l’important, c’est l’ours … »

 

Question incongrue : pourquoi la critique ? 

« Le but de la critique, dit-on, est de former le lecteur ! – Que celui qui veut être formé veuille bien s’en charger lui-même. Cela n’est guère poli, mais on n’y peut rien changer. » (Friedrich Schlegel, Fragments critiques, 86)

Long cours

Revue : autre circuit de production de petites machines textuelles ne s’intéressant pas aux divers coulis sentimentalo-sociologico-dépressifs.  Grève de la faim de fictions.

J’ai lu Jacques Demarcq dans Ce qui secret 1, sans savoir qui était Demarcq. J’ai lu Jean-François Bory dans Coupure, sans savoir qui était Bory. J’ai lu Claude Courtot dans L’Archibras 4, sans savoir que c’était lui. Pour les deux premiers, j’y suis revenu bien après par d’autres voies : via Sitaudis, via Action poétique, via Europe, via CCP. Pour le dernier : intercesseur et interlocuteur permanent. Tous les détours m’y ramènent.

Lire dans le bon ordre

La Pharmacie de Platon de Jacques Derrida dans Tel Quel

La mort de l’auteur de Roland Barthes dans Manteia

Lumière noire d’André Breton dans L’Arche

Benjamin Péret dans Le Surréalisme, même

Je déballe ma bibliothèque de Walter Benjamin dans L’Humidité

Jean-Pierre Duprey dans Le Soleil noir

Colette Thomas dans Midi

Valérie Mréjen dans J’aime beaucoup ce que vous faites

Joyce Mansour dans Bief

Louis Zukofsky dans Action restreinte

Jean Bazin dans Ellébore

Jean Schuster dans Medium et ailleurs

(…)

On pourrait continuer comme cela à  l’ 

L’étage des revues

Deux couloirs suspendus de part et d’autre d’une nef aux parois jaune amande : l’abbatiale d’Ardenne. Lieu à coup sûr propice pour les anges échappés du film de Wim Wenders, Les Ailes du désir. Quels dialogues intérieurs surprendraient-ils à pénétrer les esprits de l’étage des revues ? Tout ce bruissement de pensées qui se frôlent, qui rôdent les unes autour des autres et parfois se fracassent.

La voûte est toute proche. Bref vertige à cause des passerelles quasi transparentes. Les revues se trouvent au-dessus des bibliothèques d’auteurs : redistribution des noms propres sous des titres multiples. Les pas du lecteur de revues résonnent avec un son ample et métallique sur le sol de verre dépoli.

 

Jérôme Duwa

Juin 2014

 

 

Entretien réalisé par Alain Paire le 10 décembre 2014.

 

Cet automne, paraissaient chez Honoré Champion les deux tomes du Dictionnaire des revues littéraires au XX° siècle. J'ai eu la joie de participer à ce dictionnaire dans les notices consacrées  à quatre revues, L'Arc, Argile, L'Ephémère et L'Ire des Vents. En novembre 2014, le site Poezibao de Florence Trocmé publiait les réponses au questionnaire que j'avais envoyé par mail au responsable de cette publication, Bruno Curatolo dont il faut saluer le magnifique travail. 

 

A. P.: Bruno Curatolo, vous êtes enseignant-chercheur à l'université de Franche-Comté Besançon. Votre bibliographie qui figure sur ce lien mentionne des titres à propos de Raymond Guérin ou de Paul Gadenne, une édition critique de la correspondance André Beucler / Léon-Paul Fargue, des publications à propos de l'imaginaire des philosophes ainsi que la co-direction d'un colloque sur la Revie littéraire des romanciers oubliés.
Avec votre ami Jacques Poirier, vous aviez publié en 2002 aux Editions universitaires de Dijon un premier ensemble, les actes d'un autre colloque, Les revues littéraires au XX° siècle. Avant d'aborder le grand travail que vous avez coordonné, voulez-vous nous dire de quand procède votre intérêt pour les revues ? Quel espace occupent-elles dans vos propres recherches, voire dans vos "loisirs" personnels. Quelles sont les revues que vous préférez, en êtes-vous collectionneur ?

B. C.: Mon intérêt pour les revues littéraires est lié à mon travail de chercheur depuis le milieu des années 80 : m’étant fait une spécialité des auteurs oubliés ou méconnus, la ressource première pour accéder aux textes est la revue, quand tout ou presque tout est épuisé en librairie et même sur le marché de l’occasion. Le début de mes recherches a coïncidé avec la remise à l’honneur de l’histoire littéraire à l’université, sous l’impulsion notamment d’Antoine Compagnon et Michel Murat (Paris-Sorbonne) : un livre, publié aux PUPS en 2013, L’histoire littéraire des écrivains où j’ai consacré un chapitre aux revues, fait la synthèse de ces presque trente années d’effort pour retrouver l’histoire dans le champ des études littéraires.

Il est évident que les revues accompagnent tout mon travail de recherche, à titre principal ou secondaire, mais il faut préciser que l’accessibilité des collections, en France, n’est pas simple : c’est pourquoi j’ai beaucoup fréquenté la Bibliothèque Cantonale et Universitaire de Lausanne où tout un étage est dédié aux revues, en collection intégrale et en accès direct. À titre de loisir, je lis des revues d’associations d’auteurs auxquelles j’adhère, sans souci professionnel. Pour le passé, mes revues préférées sont Le Divan, La NRF, bien sûr, Commerce, La Table ronde, La Parisienne ; aujourd’hui, j’aime toujours Europe et sais gré à Jean-Baptiste Para pour son dévouement, Roman 20/50, revue universitaire publiée à Lille, de très grande qualité, les Cahiers Valery Larbaud, édités à Clermont-Ferrand, les Cahiers du Temps qu’il fait de notre ami Georges Monti (le dernier, paru cette année, est consacré à Jean-Loup Trassard), Capharnaüm aux Editions Finitude à Bordeaux, Théodore Balmoral, j’en oublie… J’aimais beaucoup Plein Chant, qui a paru aux éditions du même nom pendant une trentaine d’années jusqu’en 2008.

Lire la suite sur le site d'Alain Paire.

 

 

 

« L’histoire d’une revue est toujours ponctuée par des moments difficiles et des périodes précaires. Rien n’est jamais gagné. Tout doit être constamment réinventé. La revue est en crise permanente. Ce qui pourrait apparaître comme un danger est en réalité une force : pour éviter de penser en rond, mieux vaut sans cesse questionner, interroger ou remettre en cause.

« L’écrasante majorité des revues sont imprimées à un petit nombre d’exemplaires, à quelques centaines, ou à quelques milliers dans le meilleur des cas. La plupart des ours annoncent entre 500 et 1000 copies. Les parutions périodiques de recherche et de création s’adressent donc par nature à des publics restreints, à des audiences très limitées, qui sont bien différentes de celles des magazines. Les deux supports sont malheureusement encore trop souvent confondus… Notre époque valorise de manière excessive, aberrante et dangereuse les productions ayant un impact rapide sur les masses. La politique du chiffre opère à tous les niveaux de la société et contamine l’ensemble des activités et des disciplines. C’est pourquoi les revues doivent lutter, à leur niveau et avec leurs faibles moyens, contre la standardisation de la pensée et la globalisation des savoirs. Ce n’est pas le moment de baisser les bras et de se résigner face aux dérives paraissant incontrôlables et inatteignables. Au contraire, chaque entreprise individuelle, chaque proposition isolée, est un acte de résistance supplémentaire pour garder la maîtrise. Durant tout le XXe siècle, les plus grands intellectuels, chercheurs, écrivains, ou artistes se sont exprimés dans des revues peu diffusées, mais en partant du principe qu’il s’agissait de laboratoires exceptionnels pour expérimenter, des lieux préservés, ouverts et libres pour imaginer des futurs. Une revue est une plateforme où convergent des personnalités venant d’horizons très différents pour construire un montage inédit. La question du montage est déterminante, car elle distingue clairement ce médium dans le vaste monde de l’édition.

« Depuis la crise financière et économique mondiale, qui a débuté en 2008, la vivacité des revues n’a pas baissé et leur nombre tend plutôt à progresser. On ressent un véritable besoin de prendre position contre un système dérégulé qui recherche la rentabilité absolument partout et du sens quasiment nulle part. Des projets audacieux ont vu le jour durant les cinq dernières années, ce qui prouve que malgré les difficultés budgétaires auxquels sont confrontées les revues, la situation provoque l’émergence de micro initiatives.

« Les revues sont menacées : cela a toujours été. Les librairies sont en grande difficulté : la dégradation est préoccupante, mais pas désespérée. Au lieu de réduire de semaine en semaine les tables et présentoirs réservés aux revues – normalisation de leurs fonds, les libraires ne devraient-ils pas au contraire résister aux attaques déloyales et brutales des vendeurs de livres en ligne en revendiquant de vrais choix et en présentant des objets originaux ou marginaux ? N’auraient-ils pas intérêt à faire vivre une diversité de titres plutôt que d’anticiper un supposé désintérêt des lecteurs pour les périodiques ? Il convient de saluer le remarquable travail des librairies Compagnie ou l’Écume des pages à Paris, Point d’encrage à Lyon, qui donnent une visibilité durable aux revues.

[...]

« Enfin, afin de fédérer leurs forces, plusieurs revues basées en région Rhône-Alpes échangent depuis quelques mois en vue de constituer une communauté de revues. L’idée centrale étant de faire connaître les revues, de faire entendre les textes qu’elles publient, et de démontrer à quel point elles sont nécessaires au débat d’idée. Le premier événement construit collectivement, sur l’invitation de la revue de(s)générations, sera une intervention dans le cadre de la fête du livre de Saint-Étienne le week-end du 19 et 20 octobre. Le collectif disposera d’un stand pour présenter plusieurs numéros de chaque revue (à l’école d’architecture) et il interviendra à deux reprises pendant la manifestation stéphanoise : une table ronde orientée sur le rôle des revues aujourd’hui et une lecture de textes publiés en revues pendant le XXe ou au XXIe siècle. Ce premier temps fort marquera symboliquement l’existence de ce collectif et permettra d’inventer d’autres formes de diffusion par capillarité. »


Gwilherm Perthuis, Hippocampe Le Journal. Il est par ailleurs directeur de la revue Hippocampe.