Le premier numéro des Cahiers Michel Butor sera lancé le vendredi 30 mars 2018 à la Mairie de Villefontaine (Isère). L'occasion pour Livraisons de poser quelques questions à sa directrice, Mireille Calle-Gruber, universitaire et spécialiste de littérature contemporaine.

 

Michel Butor et Mireille Calle-Gruber à la Maison Balzac en 2015.

 


Mireille Calle-Gruber, après avoir dirigé les Œuvres complètes de Michel Butor (éditées en 12 volumes par La Différence entre 2006 et 2010), vous êtes désormais en charge des Cahiers Michel Butor dont le premier numéro paraîtra ce printemps. Pourriez-vous revenir sur les circonstances de la création de la revue ? Michel Butor a-t-il été impliqué dans la conception du projet avant sa disparition en août 2016 ?

Michel Butor a connu ce projet de Cahiers Michel Butor et l'a accueilli avec sa générosité habituelle. C'est un réconfort de penser cela au moment où le premier Cahier sort sans lui, qui est disparu le 24 août 2016. En fait, c'est à La Cave littéraire de Villefontaine que le projet a vu le jour lors d'une soirée avec Michel Butor, en 2013, où il a été officiellement annoncé. Ce premier numéro reproduit l'entretien qui a eu lieu alors entre Michel Butor et le plasticien Max Charvolen, invités tous deux par Jean-Paul Morin, président de La Cave Littéraire, en compagnie de Raphaël Monticelli (écrivain et critique d'art) et des élèves et enseignants de Villefontaine. Michel Butor a ensuite demandé que je dirige ces volumes, sans doute parce qu'en tant que chercheur-universitaire, j'ai l'habitude du travail de publication et surtout parce que j'ai en effet dirigé l'édition des Œuvres complètes, et que nous avons, Michel et moi, toujours merveilleusement bien travaillé ensemble. J'ai entraîné dans l'aventure une doctorante photographe qui fait une thèse sur Michel Butor, Adèle Godefroy, co-directrice du volume. J'ajoute que ce projet est soutenu par la Mairie de Villefontaine, notamment par Michel Imbert, adjoint au Maire pour le développement culturel, sans qui ce projet n'aurait pu se réaliser.

 

Cette première livraison a pour titre « Compagnonnages » : terme polysémique qui évoque aussi bien les amitiés et affinités littéraires et intellectuelles que les relations et connivences entre écrivains et plasticiens, mais qui fait également écho, sans doute, aux notions de transmission, d’enseignement, et de passage d’une génération à l’autre observées chez les artisans compagnons… Les compagnonnages sont effectivement un des facteurs essentiels de l’œuvre de Michel Butor. De quelle façon avez-vous envisagé ce terme et comment se déploie-t-il dans la revue ?

Amitiés et affinités sont en effet des mots-clés pour comprendre la dynamique de création chez Michel Butor. Écrivain toujours en dialogue, avec les textes, les écrivains, les artistes, même lorsqu'il était seul devant sa page, qui ne restait pas longtemps blanche, Butor avait besoin de partager des matières, des points de vue, des méthodes, autres que ceux de l'écriture. À plusieurs reprises, il a explicité cette empathie qu'il éprouve envers l'altérité créatrice qui le nourrit et qui tient autant d'un rapport intellectuel que d'un rapport artisanal. Comment une peinture se fait-elle ? Comment une gravure émerge-t-elle ? Comment une photographie prendra-t-elle tel ou tel point de vue ? C'est toujours le comment plutôt que le pourquoi qui le mobilisait. Les Cahiers vont donc décliner, après le numéro 1 qui expose ces principes de compagnonnage, différentes relations avec les métiers de l'art : le numéro 2, « Butor et les peintres », le numéro 3, « Butor et la musique », le numéro 4, « Butor et les objets », le numéro 5, « Butor et la photographie », le numéro 6, « Butor et le cinéma », le numéro 7, « Butor, poétique et politique ».

 

Les Cahiers d’auteurs sont des publications périodiques très particulières, souvent spécialisées, qui s’adressent en premier lieu aux lecteurs de l’écrivain, ainsi qu’aux adhérents des Sociétés d’amis actifs pour promouvoir son œuvre. Quelle est votre ambition pour les Cahiers Michel Butor ? Proposer des cahiers d’études principalement destinés aux chercheurs, aux universitaires et aux étudiants ou, au contraire, ouvrir le plus possible la revue pour en faire un lieu d’échanges, de diffusion de connaissances et de débat qui permettent à un plus grand nombre de lecteurs de découvrir les romans, la poésie et le travail littéraire de Butor ?

Comme tout ce qui touche à l'œuvre de Butor, ces Cahiers ont un rôle et une visée assez extraordinaires. Ils n'émanent pas d'une association ni d'une Société d'amis, mais ils vont mobiliser une constellation Butor qui est une nébuleuse d'écrivains, d’artistes, d’amis, certains, compagnons de route depuis les premiers temps, d'autres, jeunes lecteurs ou chercheurs auxquels il n'a cessé de s'adresser dans les diverses universités du monde. En fait, ces sept Cahiers vont se situer en complément des Œuvres complètes en se glissant dans les coulisses de la création : on ne sait pas assez que les gros livres imprimés de Michel Butor sont la convergence de nombreux petits livres d'artistes où un peintre, sculpteur, etc. et l'écrivain Butor ont collaboré. C'est ce qui constitue la source de l'imaginaire de Michel Butor. On compte aujourd'hui environ plus de 3000 de ces ouvrages, souvent réalisés à très peu d'exemplaires. C'est donc cette source texte-image dont nous allons rendre compte dans les Cahiers, lesquels se présenteront chaque fois sous forme d'un catalogue artistique, accompagné d'analyses plus universitaires. C'est dire que les Cahiers Michel Butor s'adressent à tous très largement. Raphaël Monticelli vient de publier dans le journal Patriote, journal libre et solidaire, un « Spécial Michel Butor. Un écrivain populaire » (n° 231,16-22 mars 2018), dans lequel nous sommes plusieurs à soutenir que Michel Butor écrit pour tous les types de lecteurs.

 

Les Cahiers Michel Butor seront lancés, en votre présence et sous l’égide de La Cave littéraire, le vendredi 30 mars à Villefontaine (Isère). Pourriez-vous présenter en quelques mots les temps forts de cette soirée ?

La soirée qui aura lieu le 30 mars à la Mairie de Villefontaine sera articulée en plusieurs séquences : Jean-Paul Morin présentera Michel Butor, son parcours, son œuvre et son attachement à la Cave littéraire. J’interviendrai ensuite pour évoquer le premier numéro des Cahiers, puis deux proches de Michel Butor, Michel Ménaché et Raphaël Monticelli, livreront un témoignage personnel. Ces différentes prises de parole seront entrecoupées par des interludes musicaux et des lectures ainsi que par la projection d’un film. Et les lecteurs pourront ensuite découvrir ce premier volume publié par les éditions Hermann.

 

Entretien avec Mireille Calle-Guber
(propos recueillis par Gwilherm Perthuis)

 

 

Soirée Michel Butor - lancement des Cahiers Butor
Vendredi 30 mars 2018 à 18 heures
Mairie de Villefontaine (Isère) 
à moins de 30 minutes de Lyon en train